Créations et faillites d'entreprises en Belgique : lire les chiffres qui comptent
Dernière mise à jour : Septembre 2026
- Résumé de l'expert
- Sommaire
- Quelles séries mesurent les créations et faillites d'entreprises en Belgique ?
- Pourquoi une création n'est-elle pas une entreprise nouvelle ?
- Une radiation signifie-t-elle qu'une entreprise a échoué ?
- Que compte exactement la statistique des faillites ?
- Pourquoi les chiffres de juillet et d'août sont-ils toujours plus bas ?
- Combien de temps avant qu'un chiffre cesse de bouger ?
- Faut-il lire le nombre de faillites ou les emplois perdus ?
- Sept questions à poser devant un titre sur les faillites
- Sources et Références
Résumé de l'expert
Les chiffres de créations et faillites d'entreprises ne mesurent pas ce que leur nom suggère. Une création est un assujettissement à la TVA [4], une cessation n'est pas une faillite [4], et une faillite n'entre dans la statistique qu'au jugement du tribunal, quinze jours avant publication [1]. Trois séries, trois définitions, trois lectures.
Sommaire
- Quelles séries mesurent les créations et faillites d'entreprises en Belgique ?
- Pourquoi une création n'est-elle pas une entreprise nouvelle ?
- Une radiation signifie-t-elle qu'une entreprise a échoué ?
- Que compte exactement la statistique des faillites ?
- Pourquoi les chiffres de juillet et d'août sont-ils toujours plus bas ?
- Combien de temps avant qu'un chiffre cesse de bouger ?
- Faut-il lire le nombre de faillites ou les emplois perdus ?
- Sept questions à poser devant un titre sur les faillites
- Sources et Références
Quelles séries mesurent les créations et faillites d'entreprises en Belgique ?
Six séries officielles coexistent, et aucune ne répond à la même question. Elles puisent presque toutes dans le même registre, la Banque-Carrefour des Entreprises (BCE), mais chacune y applique sa propre définition d'un événement et son propre calendrier.
| Série | Ce qu'elle compte | Délai de publication |
|---|---|---|
| Faillites hebdomadaires (Statbel) | Faillites prononcées par les tribunaux de l'entreprise | 2 jours ouvrables [8] |
| Faillites mensuelles (Statbel) | Mêmes faillites, plus les pertes d'emploi issues de l'ONSS | Environ 15 jours [1] |
| Assujettis TVA, évolution mensuelle (Statbel) | Primo-assujettissements, ré-assujettissements, immigrations, émigrations, cessations | 45 jours [3] |
| Survies des assujettis TVA (Statbel) | Part d'une cohorte encore active jusqu'à 5 ans après sa création | 9 mois [7] |
| Démographie des entreprises actives (Statbel) | Naissances et morts d'entreprises économiquement actives | Année 2023 en provisoire [6] |
| Comptes annuels (Centrale des bilans, BNB) | Situation financière déposée par les sociétés | 7 mois après la clôture au plus tard [9] |
Deux comptages officiels de créations peuvent porter sur le même mois. Le Bureau fédéral du Plan a documenté la divergence : les données ouvertes de la BCE datent une création d'après le début de la première situation juridique de la personne morale, tandis que Statbel compte les nouveaux assujettis à la TVA [10]. Les deux sont exacts et ne comptent pas la même chose.
La même institution rappelle la limite de fond de ces indicateurs. Les données de création « ne donnent qu'une image partielle de l'impact économique », mais leur rythme mensuel les rend disponibles bien plus tôt que la situation financière des entreprises existantes, publiée une fois l'an et avec retard [10].
Pourquoi une création n'est-elle pas une entreprise nouvelle ?
Parce que la série additionne des entrées et des retours. Le SPF Économie l'écrit sans détour : « Le nombre de créations correspond à la somme des primo-assujettissements à la TVA, les entreprises qui acquièrent cette qualité pour la première fois, et des ré-assujettissements, les entreprises qui ont déjà été assujetties à la TVA » [4].
Trois conséquences pratiques en découlent.
- Un indépendant qui reprend une activité après une interruption produit une création, sans qu'une entreprise nouvelle apparaisse dans l'économie [4].
- Le champ couvre les indépendants sans société : l'assujettissement vise « les personnes qui, dans l'exercice d'une activité économique, livrent des biens ou fournissent des services visés par le code de la TVA de manière indépendante et habituelle » [10].
- Les transferts de siège alimentent la même série sous les rubriques immigration et émigration [3]. Un déménagement entre régions déplace des lignes sans rien créer.
La statistique de démographie des entreprises applique un filtre bien plus exigeant. Une naissance y est « une entreprise économiquement active en T, non active en T-1 ni T-2 et non issue d'une restructuration sur la période [T-2,T] » [6]. Et l'inscription seule ne suffit pas : « il est nécessaire d'avoir un chiffre d'affaire positif dans une déclaration TVA » [6]. Les deux séries ne donneront donc jamais le même ordre de grandeur. Le dénominateur des créations et faillites d'entreprises mérite la même vérification, comme le montre le poids réel des PME dans l'économie belge.
Une radiation signifie-t-elle qu'une entreprise a échoué ?
Non, et la source officielle le dit elle-même : « Les cessations marquent la fin de l'assujettissement à la TVA, ce qui ne signifie pas forcément une cessation d'activité ou une faillite » [4]. Une radiation peut traduire un départ à la retraite, un changement de statut, une réorganisation de groupe ou une sortie du régime.
Le périmètre est aussi plus étroit qu'on ne le croit. Les activités exemptées de TVA sortent du registre, « souvent des activités à caractère social, culturel, médical (comme les médecins ou les infirmiers) ou de certaines associations et fondations ainsi que des entreprises dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas les 25.000 euros » [4].
D'où la prudence à avoir sur les records. Le SPF Économie relève que « 2023 et 2024 ont été des années records pour les cessations d'activité, avec respectivement 88.521 et 94.523 unités » [5]. Le même intervalle donne pourtant des taux de survie élevés : 89,3 % des entreprises créées en 2023 étaient encore actives au 31 décembre 2024, et 63,5 % de la cohorte 2019 l'étaient encore fin 2024 [7]. Les deux constats sont compatibles, parce qu'ils ne portent ni sur les mêmes entreprises ni sur les mêmes événements.
Le dénominateur compte autant. Les taux publiés rapportent les flux « au nombre de PME assujetties à la TVA actives au 31 décembre de la précédente année » [5] : un taux qui bouge peut refléter le stock plutôt que le flux. Et pour les entreprises en difficulté qui n'atteignent pas le jugement, c'est la réorganisation judiciaire qui absorbe une part du mouvement, sans jamais figurer dans la série des faillites.
Que compte exactement la statistique des faillites ?
Elle compte des jugements, pas des arrêts d'activité. Statbel rappelle les deux conditions légales : « l'entreprise a cessé de payer, c'est-à-dire qu'elle n'honore plus ses créanciers » et « les prêts à l'entreprise ont également cessé » [1]. Tant que le tribunal de l'entreprise n'a pas prononcé, rien n'entre dans la série. L'office le signale explicitement : « il existe un certain retard entre la cessation de l'activité économique et la déclaration de faillite par le tribunal de l'entreprise » [2]. Ce parcours est détaillé dans notre analyse de la procédure de faillite et du sort du dirigeant.
Les pertes d'emploi méritent la même vigilance. Elles « proviennent de l'ONSS » et sont saisies au moment de la déclaration, puis complétées par une estimation : « le nombre d'employeurs salariés est dorénavant estimé sur base de la méthode provenant du règlement SEC 2010, suivie par Eurostat » [1]. Une part du total publié est donc une imputation méthodologique, pas un décompte de contrats.
Sur l'usage de ces volumes, le principe reste le même. Aucun chiffre d'affaires, rendement, valorisation ou prévision n'est publié sans être daté et attribué à une source identifiable : rapport annuel, communiqué officiel, institution publique ou étude nommée. Un montant annoncé par une entreprise reste une déclaration de cette entreprise, pas un fait vérifié.
Pourquoi les chiffres de juillet et d'août sont-ils toujours plus bas ?
À cause du calendrier judiciaire, pas de la conjoncture. Statbel le documente : « Durant les mois de juillet et d'août, les vacances judiciaires ont lieu. Les tribunaux restent donc ouverts pendant cette période mais le nombre d'audiences est réduit » [1]. Moins d'audiences, moins de jugements, donc moins de faillites comptabilisées à situation économique inchangée.
La série des assujettis TVA a sa propre saisonnalité, administrative elle aussi. Le Bureau fédéral du Plan observe que « le nombre d'assujettissements à la TVA suit clairement un effet mensuel et trimestriel » : maximum en janvier, puis décroissance avec des pointes en avril, juillet et octobre [10]. L'explication est fiscale : les entreprises dont le chiffre d'affaires ne dépasse pas 2.500.000 euros hors TVA peuvent opter pour des déclarations trimestrielles [10].
Une variation mensuelle ne s'interprète donc qu'en regard du même mois des années précédentes. En mars 2026, Statbel a comptabilisé 1.206 faillites, « une augmentation de 25,4 % par rapport au mois de février 2026 (962) », mais aussi un total « plus élevé que ceux du même mois en 2025 (+14,1 %) » [2]. Seul le second pourcentage porte un signal.
Combien de temps avant qu'un chiffre cesse de bouger ?
Entre deux jours et deux ans, selon la série. Le délai n'est pas un détail administratif : il détermine ce qu'un chiffre peut prouver le jour où il paraît.
- Faillites hebdomadaires : 2 jours ouvrables. Ces chiffres « permettent d'observer rapidement les premières tendances » [8], pas d'arbitrer un débat.
- Faillites mensuelles : environ 15 jours, avec révision. « Lors de chaque publication, les chiffres des trois mois précédents sont révisés » [1]. Un mois n'est stabilisé qu'un trimestre plus tard.
- Assujettis TVA : 45 jours. Plusieurs événements survenus le même mois pour une même entité ne sont retenus qu'en fin de mois, ce qui rend les résultats légèrement inférieurs aux statistiques publiées auparavant [3].
- Survies : 9 mois après la période de référence [7]. Les entreprises radiées puis ré-assujetties quittent la cohorte l'année de leur première radiation [7].
- Démographie des entreprises : deux exercices. Une mort de l'année T suppose une entreprise « active au moins un jour en T ; non active en T+1 ni T+2 » [6]. La confirmation exige donc deux années de recul.
- Comptes annuels : 7 mois au plus. Le dépôt intervient « dans les trente jours de leur approbation et au plus tard sept mois après la date de clôture de l'exercice » [9]. En 2024, 38,96 % des dépôts étaient tardifs [9].
Le repère international subit la même contrainte. Eurostat a publié en octobre 2025 la démographie d'entreprises de 2023 : 3,5 millions de naissances, 2,8 millions de morts, pour un taux de naissance de 10,5 % et un taux de mortalité de 8,5 % dans l'Union [11]. Ces séries harmonisées reposent sur les registres statistiques d'entreprises [11], pas sur les registres de TVA nationaux : les confronter aux créations belges est un contresens. Mieux vaut les croiser avec les indicateurs de conjoncture belge.
Faut-il lire le nombre de faillites ou les emplois perdus ?
Les deux, et surtout leur rapport. Mars 2026 en donne l'illustration : Statbel a recensé 1.206 faillites et 2.948 pertes d'emploi sur le mois [2]. Face à mars 2025, les faillites progressent de 14,1 % et les pertes d'emploi de 7,3 % seulement [2]. Les entreprises défaillantes étaient donc en moyenne plus petites que l'année précédente, information qu'un titre centré sur le nombre de jugements laisse entièrement de côté.
La structure du tissu belge explique pourquoi cet écart est la norme. Sur les 905.376 entreprises actives en 2023, 206.517 seulement occupaient au moins un salarié [6]. Une large part des défaillances porte sur des unités sans personnel, dont la disparition ne produit aucune ligne dans les pertes d'emploi ONSS.
Sept questions à poser devant un titre sur les faillites
- De quelle série s'agit-il ? Le nom de la série fixe la définition employée [1][3][6][8].
- Le chiffre est-il définitif ? Les trois mois précédant chaque publication mensuelle sont révisés [1].
- À quoi est-il comparé ? Le mois précédent mêle calendrier et conjoncture ; le même mois de l'année antérieure isole le signal [2].
- Est-ce un mois de vacances judiciaires ? Juillet et août produisent structurellement moins de jugements [1].
- Une cessation est-elle présentée comme un échec ? La fin d'un assujettissement à la TVA n'est ni une cessation d'activité ni une faillite [4].
- Le dénominateur est-il précisé ? Les taux rapportent le flux au stock d'assujettis actifs au 31 décembre précédent [5].
- Les emplois sont-ils comptés ou estimés ? Ils combinent données ONSS et imputation fondée sur le règlement SEC 2010 [1].
Un dernier point de vigilance. Quand une série change de source ou de méthode, la rupture apparaît dans la courbe avant d'apparaître dans les commentaires. Les notes méthodologiques de Statbel, du SPF Économie et de la Banque nationale sont publiques et datées.
Sources et Références
- Statbel : Faillites mensuelles, méthodologie et métadonnées
- Statbel : Mars 2026 : 1.206 faillites
- Statbel : Évolution mensuelle des entreprises assujetties à la TVA
- SPF Économie : Sources de Statbel, définitions des créations et cessations
- SPF Économie : PME : créations et cessations
- Statbel : Démographie des entreprises actives du secteur marchand
- Statbel : Survies des entreprises assujetties à la TVA
- Statbel : Faillites hebdomadaires
- Banque nationale de Belgique : Centrale des bilans, quand déposer les comptes annuels
- Bureau fédéral du Plan : L'impact de la COVID-19 sur la création de nouvelles entreprises en Belgique, Article n° 4, septembre 2020
- Eurostat : More businesses opened than dissolved in the EU in 2023
Où trouver le nombre de faillites en Belgique mois par mois ?
Statbel publie une série mensuelle des faillites prononcées par les tribunaux de l’entreprise, ventilable par commune, par classe NACEBEL 2008, par région et par classe de taille [1]. Les faillites y remontent à 2000 et les pertes d’emploi à 2005 [1].
Qu’est-ce qu’un primo-assujettissement à la TVA ?
C’est l’entrée d’une entreprise dans le registre de la TVA pour la première fois [4]. La statistique des créations additionne ces primo-assujettissements et les ré-assujettissements, c’est-à-dire les entreprises qui avaient déjà eu cette qualité [4].
Combien d’entreprises créées en Belgique passent le cap des cinq ans ?
Sur la cohorte créée en 2019, 63,5 % étaient encore actives fin 2024 [7]. À un an d’écart, le taux est nettement plus élevé : 89,3 % des entreprises créées en 2023 étaient encore actives au 31 décembre 2024 [7].
Faut-il se fier aux chiffres hebdomadaires de faillites ?
Ils sortent deux jours ouvrables après la semaine de référence et servent à repérer une tendance, pas à trancher [8]. Le rythme des audiences et le décalage entre l’arrêt réel de l’activité et le jugement rendent une semaine isolée peu concluante [8].