Sociétés de management : la presse face au chiffre de Vooruit
Les sociétés de management coûteraient entre 4,2 et 4,7 milliards d'euros par an à l'État : le chiffre a été lancé le mardi 6 octobre 2026 par Frank Vandenbroucke (Vooruit), vice-Premier ministre, lors d'une leçon inaugurale à l'Université de Gand. Il tombe en plein conclave budgétaire fédéral. Quatre rédactions lisibles l'ont repris, et aucune n'en tire la même conclusion.
- Ce que toutes les rédactions établissent
- Les lignes de fracture
- La revue en un coup d'œil
- Business AM : un débat d'équité avant d'être fiscal
- VRT NWS : la réplique d'un dirigeant concerné
- La Libre : une cible désignée, une issue incertaine
- RTBF : expliquer le mécanisme avant de juger
- Mise en perspective : le droit qui encadre les sociétés de management
- Ce qu'il faut surveiller
- Sources
Ce que toutes les rédactions établissent
- L'auteur et le lieu. Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé et des Affaires sociales, s'est exprimé devant des étudiants en sciences politiques de l'UGent [1][2][4].
- Le chiffre. 4,2 à 4,7 milliards d'euros par an, présenté comme l'estimation du ministre et de son parti, pas comme une donnée d'une administration [1][2][3]. La RTBF en retient la borne basse [4].
- La légalité. Personne ne parle de fraude. Vandenbroucke lui-même reconnaît que ces montages sont légaux en l'état du droit [1][2], et le fiscaliste interrogé par la RTBF le rappelle d'emblée [4].
- Le contexte. Le gouvernement De Wever cherche environ 10 milliards d'euros dans ce conclave, selon une source proche des négociateurs citée par La Libre [3].
- La notion. La « société de management » n'est pas une catégorie juridique : c'est une société d'une personne par laquelle un dirigeant, un cadre ou un titulaire de profession libérale exerce son activité [3][4].
Les lignes de fracture
- Abus ou outil d'entreprise. Pour Vandenbroucke, la structure permet d'y loger un salaire très peu taxé [2]. Pour Frédéric De Gucht (Anders), c'est une manière légale d'entreprendre [2]. La Libre et la RTBF donnent la parole aux deux lectures, par la voix de fiscalistes [3][4].
- La solidité du chiffre. Business AM et VRT NWS le rapportent tel quel [1][2]. La Libre l'écrit au conditionnel [3]. La RTBF le met en titre avec un point d'interrogation, et retient la borne basse [4].
- Le calendrier. Vooruit veut agir dans ce conclave [1][3]. La source de La Libre juge un nouveau tour de vis « loin d'être acquis », et le fiscaliste Emmanuel Degrève demande d'attendre les déclarations 2027 [3].
- La cause du problème. De Gucht la situe dans la charge sur le travail [2]. Edoardo Traversa (UCLouvain), pour la RTBF, la situe dans l'écart créé quand l'impôt des sociétés a baissé sans que l'impôt des personnes physiques suive [4]. Le constat est proche, la conclusion opposée.
La revue en un coup d'œil
| Rédaction | Angle | Ce qu'elle retient | Ce qu'elle laisse de côté |
|---|---|---|---|
| Business AM | Équité budgétaire | Les plus fortunés doivent contribuer | Contradicteur, mécanisme fiscal |
| VRT NWS | Débat politique flamand | Le chiffre, puis la réplique de De Gucht | Taux, régime modifié en 2026 |
| La Libre | Rapport de force au conclave | « Gibier de choix », issue incertaine | Nombre de sociétés |
| RTBF | Pédagogie | Fonctionnement, essor de 22.000 à 55.000 sociétés | Opposants à un durcissement |
| L'Echo | Non vérifiable | Source du chiffre selon La Libre | Non établi |
| Trends-Tendances | Non vérifiable | Non établi | Non établi |
| Le Soir | Non vérifiable | Non établi | Non établi |
| De Tijd | Non vérifiable | Non établi | Non établi |
| La DH | Non couverte | Aucun article sur ce volet relevé | |
| Moustique | Non couverte | Aucun article relevé |
Business AM : un débat d'équité avant d'être fiscal
Business AM, qui s'appuie sur De Morgen, place les sociétés de management dans un cadre plus large : le ministre estime que les citoyens les plus fortunés doivent contribuer davantage au budget, et reproche au Premier ministre d'épargner les plus gros patrimoines [1].
Le pure player rapporte l'argument central sans le discuter : selon Vandenbroucke, les hauts revenus utilisent ces structures pour éviter de payer leur part d'impôts et de cotisations sociales [1]. Il note que le ministre reconnaît la légalité de ces pratiques, mais reproche aux responsables politiques de ne pas avoir fermé ces échappatoires [1].
La dépêche de Business AM sur la sortie de Frank Vandenbroucke s'achève sur l'exigence que ceux qui ont « les épaules les plus solides » supportent une part plus importante de la charge [1].
Positionnement : c'est la seule couverture lue où les sociétés de management ne sont qu'un exemple dans un plaidoyer budgétaire. Elle ne donne ni taux, ni contradicteur, ni chiffre sur le nombre de sociétés.
VRT NWS : la réplique d'un dirigeant concerné
Le liveblog politique de VRT NWS est la seule couverture lue à confronter le chiffre à une contradiction nommée. Il cite d'abord Vandenbroucke : « Het systeem laat het toe. Je moet de politici met de vinger wijzen die dat niet willen veranderen » (« Le système le permet. Il faut pointer du doigt les politiques qui ne veulent pas changer cela ») [2].
Puis vient Frédéric De Gucht, président d'Anders, qui détient lui-même une société de management. Dans Villa Politica, il conteste le vocabulaire : « Dat is op zijn minst gezegd geen fiscale optimalisatie, dat is een wettelijke manier om aan ondernemen te doen » (« Ce n'est, pour le moins, pas de l'optimisation fiscale, c'est une manière légale d'entreprendre ») [2].
Le liveblog de VRT NWS relève pourtant un point de convergence : De Gucht finit par admettre que les abus doivent être traités, et la rédaction conclut que lui et le chef de groupe Vooruit Oskar Seuntjens sont plus proches qu'il n'y paraît [2].
Positionnement : là où Business AM présente une seule voix, la VRT installe le débat entre deux partis de la majorité flamande. Elle ne chiffre en revanche ni l'avantage fiscal ni les mesures déjà prises.
La Libre : une cible désignée, une issue incertaine
La Libre ouvre sur une phrase d'une source proche des négociateurs : « Dans la chasse aux milliards, les sociétés de management sont devenues un gibier de choix. » La même source ajoute aussitôt : « Mais de là à les voir à nouveau frappées à cette occasion, c'est loin d'être acquis » [3].
Le quotidien attribue le chiffre de Vooruit à L'Echo et le formule au conditionnel. Il élargit le front : le CD&V fait de ces sociétés une cible, Les Engagés jugent leur régime « pas optimal » [3]. Il rappelle les taux de l'impôt des sociétés, 20 % jusqu'à 100.000 euros sous conditions et 25 % au-delà [3].
L'article de La Libre sur la chasse aux milliards donne la parole à Emmanuel Degrève (Deg & Partners), pour qui la rémunération minimale du dirigeant est passée de 45.000 à environ 50.000 euros, désormais indexés, et les avantages de toute nature forfaitaires ont été plafonnés à 20 % de la rémunération. Sa conclusion : « Resserrer encore avant d'avoir mesuré ces effets serait légiférer à l'aveugle » [3].
Positionnement : c'est la seule rédaction à rappeler que le régime a déjà été durci en 2026. Elle rejoint la VRT sur l'existence d'une contradiction, mais la place sur le terrain technique plutôt que partisan.
RTBF : expliquer le mécanisme avant de juger
La RTBF choisit l'explicatif. Elle part de deux cas fictifs tirés de son podcast « Les Clés » : un cadre informatique devenu prestataire de son ancien employeur via sa société, et un médecin hospitalier qui facture ses patients par la même voie [4].
L'argument repose sur la comparaison des charges. Selon la RTBF, qui détaille ce que sont ces sociétés de management, un salarié bien payé voit près de 60 % de son brut partir en impôts et cotisations, contre 25 %, voire 20 %, d'impôt des sociétés puis 18 % de précompte sur le dividende par la voie sociétaire [4]. Elle cite le Comité de monitoring : plus de 55.000 sociétés de management actives, contre 22.000 six ans plus tôt [4].
Le professeur Edoardo Traversa (UCLouvain) cadre le propos : « Ce n'est pas illégal, on a le droit de créer une société, on a le droit d'exercer son activité économique en société ». Il parle aussi d'« une brèche dans laquelle des dizaines de milliers de contribuables se sont engouffrées en réalisant des économies d'impôt parfois très importantes » [4].
Positionnement : la RTBF partage avec La Libre le rappel des mesures 2026, mais en tire une lecture différente. Là où Degrève plaide la patience, Traversa conclut que la voie sociétaire reste fiscalement et socialement avantageuse.
Mise en perspective : le droit qui encadre les sociétés de management
Le cadre est fédéral. Impôt des sociétés, impôt des personnes physiques, précompte mobilier et cotisations sociales relèvent de l'État fédéral. Le régime des sociétés de management est donc identique en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, et c'est au conclave fédéral, puis à la Chambre, que se joue toute modification.
Le taux réduit a deux conditions de fond. Pour bénéficier des 20 % sur les premiers 100.000 euros de base imposable, la société doit être une petite société et verser à son dirigeant une rémunération minimale, ou au moins égale au résultat imposable si celui-ci est inférieur [7]. Ce seuil est de 45.000 euros bruts dans la règle encore décrite par l'UCM [7]. La loi du 15 juillet 2026 le porte à 50.000 euros à partir de l'exercice d'imposition 2027, soit 51.000 euros après indexation selon l'ITAA [6]. Le détail des canaux figure dans l'analyse consacrée à la rémunération minimale qu'exigent les sociétés de management pour le taux réduit.
Le 18 % évoqué par la RTBF est un taux récent et général. La hausse a été décidée lors de l'accord budgétaire du 24 novembre 2025, d'après l'ITAA [6]. Elle est inscrite dans la loi-programme du 30 mai 2026, publiée au Moniteur belge le 1er juin : son article 15, 4°, remplace « 15 p.c. » par « 18 p.c. » à l'article 269 du Code des impôts sur les revenus [5]. Selon l'article 18, ce changement vaut pour les revenus attribués ou mis en paiement à partir du premier jour du mois suivant la publication [5], donc depuis le 1er juillet 2026.
Deux nuances en découlent. D'une part, ce taux est celui du régime VVPRbis des dividendes de petites sociétés, qui ne vise pas les seules sociétés de management. D'autre part, la même loi porte de 6,5 % à 9,8 % le taux applicable aux nouvelles réserves de liquidation [5], que l'ITAA évalue à 18 % effectifs [6]. Les deux voies de sortie du bénéfice ont ainsi été alignées au même niveau effectif [6].
Pourquoi le rendement est encore inconnu. Le nouveau seuil de rémunération vaut à partir de l'exercice d'imposition 2027 [6] : son effet ne se lira qu'avec les déclarations correspondantes, c'est l'argument de Degrève [3]. Le précompte relevé, lui, ne joue que depuis le 1er juillet 2026 [5]. Quant au chiffre de Vooruit, aucune des rédactions lues ne publie la méthode qui le fonde.
Une comparaison utile. Le débat ressemble à celui des voitures de société, que La Libre cite comme l'autre cible du conclave [3] : un régime légal, adopté par beaucoup parce qu'il est avantageux, que chaque budget rouvre. La comparaison des formes de société en Belgique situe les structures entre lesquelles ce choix se fait.
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Ce qu'il faut surveiller
- L'issue du conclave budgétaire fédéral. Au 9 octobre 2026, aucun accord n'avait été rendu public. C'est là que se décidera un éventuel nouveau durcissement.
- L'exercice d'imposition 2027. Les déclarations déposées en 2027 donneront la première mesure du rendement du seuil de 50.000 euros et du plafond sur les avantages en nature [3][6].
- Le rendement du 18 %. La RTBF rapporte une recette attendue de 90 millions d'euros en 2026, 2027 et 2028, puis 300 millions en 2029 [4].
- La méthode de Vooruit. Tant que l'estimation de 4,2 à 4,7 milliards n'est pas publiée avec ses hypothèses, elle reste la déclaration d'un parti.
Sources
Articles de presse repris
- Business AM : Frank Vandenbroucke souhaite faire payer davantage les plus fortunés afin de combler le déficit budgétaire
- VRT NWS : Liveblog politique, Frank Vandenbroucke et Frédéric De Gucht sur les managementvennootschappen
- La Libre : Dans la chasse aux milliards, les sociétés de management sont devenues un gibier de choix
- RTBF : Un coût de 4,2 milliards pour l'État ? Que sont ces sociétés de management que certains partis de l'Arizona pointent du doigt ?
Sources institutionnelles
- Moniteur belge, Justel : Loi-programme du 30 mai 2026
- ITAA : Réforme Arizona, ce qui a été promis et ce qui est réellement entré en vigueur
- UCM : Les conditions pour bénéficier de l'impôt réduit des sociétés
Cet article a été rédigé par son auteur, avec l'assistance d'une IA pour la recherche et la syntaxe.