Rétention des talents : ce que disent les données belges

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Rétention des talents : ce que disent les données belges

Dernière mise à jour : Septembre 2026

Résumé de l'expert

La rétention des talents ne dispose d'aucune statistique publique belge. Statbel mesure les passages entre emploi, chômage et inactivité, pas les changements d'employeur : 92,3 % des 5,2 millions de personnes en emploi l'étaient encore un an plus tard [2]. Les taux de rotation qui circulent viennent presque tous d'enquêtes privées.

Sommaire

Sur la rétention des talents, la première page de résultats appartient aux agences de recrutement, aux secrétariats sociaux et aux éditeurs de logiciels RH. Leurs baromètres annuels ne sont pas illégitimes. Ils sont simplement produits par des acteurs qui vendent le remède au problème qu'ils mesurent. La statistique publique belge, elle, dit moins de choses, et elle les dit autrement.

Le marché du travail belge est-il encore tendu en 2026 ?

Moins qu'au trimestre précédent, mais la tension reste très inégale selon la taille de l'entreprise et la Région. Au deuxième trimestre 2026, les entreprises belges comptaient 133 881 postes vacants pour un taux de vacance de 3,26 %, selon Statbel [3]. Le taux global recule : il était de 3,42 % au premier trimestre 2026 [3]. Les petites structures restent les plus exposées, avec 5,3 % de taux de vacance dans les entreprises de moins de dix salariés, contre 3,0 % au-delà [3].

L'écart entre Régions est plus resserré que l'écart entre tailles d'entreprise.

Région Postes vacants (T2 2026) Part du total Taux de vacance
Flandre 87 800 65,6 % 3,65 %
Wallonie 29 800 22,3 % 2,73 %
Bruxelles 16 300 12,2 % 2,66 %

Source : Statbel, deuxième trimestre 2026 [3].

Le cadre général s'est refroidi. Le Conseil supérieur de l'emploi relevait en juillet 2025 un taux de chômage stable, autour de 6 %, et une création d'emplois qui a « nettement ralenti » en 2024 après trois années dynamiques [4]. L'industrie et la construction ont reculé, les services non marchands ont maintenu le solde dans le vert [4]. Ce sont surtout les cohortes les plus âgées qui ont porté cette hausse modérée [4].

Pour une direction, cela change la lecture. Un marché moins tendu ne rend pas la rétention des talents moins utile : il déplace simplement le coût d'un départ du recrutement vers la perte de compétence interne.

Pourquoi n'existe-t-il aucun chiffre officiel de rotation du personnel ?

Parce que l'appareil statistique belge n'est pas construit pour la mesurer. L'enquête sur les forces de travail interroge les mêmes personnes à quatre reprises : deux trimestres consécutifs, une interruption de deux trimestres, puis deux trimestres à nouveau [2]. Elle les classe dans trois statuts du Bureau international du travail : occupé, chômeur, inactif [2].

Un travailleur qui quitte son employeur le vendredi et en rejoint un autre le lundi reste « en emploi » d'un bout à l'autre. Il est statistiquement invisible.

Les transitions publiées par Statbel le montrent bien. Entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026, sur 5,2 millions de personnes en emploi, 92,3 % le sont restées [2]. Seules 2,5 %, soit 131 000 personnes, sont passées au chômage, et 5,1 %, soit 264 000 personnes, à l'inactivité [2].

Ces 92,3 % ne disent rien de la fidélité à un employeur. Ils disent la stabilité du lien à l'emploi, ce qui est une tout autre question. Aucune administration fédérale ne publie aujourd'hui de taux de rotation par entreprise ou par secteur.

Que vérifier avant de reprendre un taux de turnover ?

Quatre éléments, avant même de regarder le chiffre. La rétention des talents est un marché de services, et les études qui la quantifient sont le plus souvent éditées par ceux qui vendent ces services.

  1. Qui l'a produit. Un secrétariat social, une agence d'intérim ou un éditeur RH n'est pas une source neutre sur un indicateur dont dépend son argumentaire commercial. Cela ne disqualifie pas la donnée. Cela impose de la nommer pour ce qu'elle est.
  2. Sur quelle base. Un baromètre construit sur le portefeuille de clients d'un prestataire décrit ce portefeuille, pas l'économie belge. Une enquête déclarative auprès de quelques centaines de responsables décrit des perceptions, pas des mouvements enregistrés.
  3. Quel périmètre. Départs volontaires ou départs totaux, fins de contrat à durée déterminée incluses ou non, secteur privé seul ou avec le non marchand : trois choix qui font varier un taux du simple au double.
  4. Quel millésime. Une méthode révisée en cours de série rend deux années non comparables, même quand le graphique les aligne.

Sur la rétention des talents, quand une statistique publique belge existe sur le même terrain, elle prime. Quand elle n'existe pas, mieux vaut l'écrire que combler le vide.

Que mesure l'enquête belge sur les conditions de travail ?

Elle mesure la qualité de l'emploi, pas l'intention de partir, et c'est déjà considérable. La Direction de la recherche sur l'amélioration des conditions de travail du SPF Emploi a commandé une analyse portant sur les 2 000 données belges recueillies par Eurofound en 2024 [1]. Quatre équipes universitaires l'ont menée : HIVA à la KU Leuven, DULBEA à l'ULB, LENTIC et HEC Liège à l'ULiège, Interface Demography à la VUB [1].

L'analyse dégage six profils de qualité de l'emploi.

Profil de qualité de l'emploi Part des travailleurs belges
Travail équilibré 25 %
Travail autonome 22 %
Travail à forte représentation collective 20 %
Travail digital intensif 12 %
Travail enrichi et de bonne qualité 11 %
Travail de mauvaise qualité 11 %

Source : SPF Emploi, analyse des données belges EWCS 2024 [1].

Le résultat le plus exploitable tient en une phrase. Les profils « Travail enrichi et de bonne qualité » et « Travail autonome » obtiennent systématiquement les niveaux les plus élevés en santé et en bien-être psychologique [1]. L'autonomie et l'enrichissement des tâches ressortent donc comme des variables mesurées, pas comme une intuition managériale.

Le versant physique reste lourd. Sur douze mois, 58 % des travailleurs déclarent des troubles musculosquelettiques au bas du dos, 62 % aux membres supérieurs et 44 % aux membres inférieurs [1].

Quelles obligations pèsent déjà sur l'employeur belge ?

La prévention des risques psychosociaux est une obligation légale, pas une politique RH facultative. L'employeur est tenu de prendre les mesures nécessaires pour prévenir ces risques, en application de la loi du 4 août 1996 relative au bien-être des travailleurs lors de l'exécution de leur travail [5]. L'analyse porte sur l'organisation du travail, son contenu, les conditions de travail, les conditions de vie au travail et les relations interpersonnelles [5].

Ces cinq axes recouvrent presque exactement ce que les enquêtes privées appellent « facteurs de rétention des talents ». En Belgique, la rétention des talents s'appuie donc d'abord sur les obligations de bien-être au travail déjà en vigueur.

Deux fonctions structurent le dispositif : la personne de confiance et le conseiller en prévention aspects psychosociaux [5]. La concertation, elle, dépend des seuils d'effectif.

  • 50 travailleurs : un comité pour la prévention et la protection au travail est mis en place [6].
  • 100 travailleurs : un conseil d'entreprise est institué, puis renouvelé ensuite dès 50 travailleurs [6].
  • En l'absence des deux : la délégation syndicale en remplit les tâches [6].

La répartition des compétences compte aussi. Le droit du travail et le bien-être relèvent du fédéral. Les politiques d'emploi et de formation relèvent des Régions, via le Forem, le VDAB et Actiris. Une mesure annoncée à un niveau ne produit rien à l'autre.

Ce que ces données ne disent pas de la rétention des talents

Elles ne permettent pas d'établir un lien de cause à effet. Les profils de qualité de l'emploi sont associés à des niveaux de santé et de bien-être, ce qui n'établit pas qu'agir sur l'un déplacera l'autre dans une entreprise donnée [1].

Le taux de vacance n'est pas davantage un indicateur de rétention des talents. Il additionne des postes créés, des postes libérés par un départ et des postes ouverts depuis longtemps sans candidat [3]. Un taux élevé dans la construction ou dans les petites structures signale une difficulté de recrutement, pas nécessairement une fuite des équipes en place.

Enfin, les chiffres agrégés ne descendent pas au niveau de l'entreprise. Un employeur qui veut connaître sa propre rotation doit la calculer lui-même, à partir de ses déclarations trimestrielles, et poser d'emblée son périmètre. C'est probablement le seul chiffre de rétention des talents dont il puisse répondre.

Note de la rédaction

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Sources et Références

  1. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Analyse des données belges sur les conditions de travail recueillies par Eurofound, EWCS 2024
  2. Statbel : Transitions sur le marché du travail
  3. Statbel : Emplois vacants
  4. Conseil supérieur de l'emploi : État des lieux du marché du travail en Belgique et dans les régions, juillet 2025
  5. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Risques psychosociaux au travail
  6. SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Organes et procédures de concertation dans l'entreprise, CE, CPPT, DS

Existe-t-il un taux de turnover moyen officiel en Belgique ?

Non. L’enquête sur les forces de travail classe les personnes en emploi, au chômage ou inactives, et ne suit pas les changements d’employeur [2]. Aucune administration fédérale ne publie de taux de rotation par entreprise.

À partir de combien de travailleurs faut-il un CPPT ?

À partir de 50 travailleurs [6]. Le conseil d’entreprise, lui, s’institue à partir de 100 travailleurs et se renouvelle ensuite dès 50 [6].

Qui doit analyser les risques psychosociaux dans l’entreprise ?

L’employeur, qui reste tenu de prendre les mesures nécessaires pour les prévenir [5]. L’analyse porte sur l’organisation du travail, son contenu, les conditions de travail, les conditions de vie au travail et les relations interpersonnelles [5].

Combien de travailleurs belges occupent un emploi de mauvaise qualité ?

Onze pour cent, selon l’analyse belge des données Eurofound de 2024 commandée par le SPF Emploi [1]. Une part identique occupe à l’inverse un emploi qualifié d’enrichi et de bonne qualité [1].

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