Métiers en pénurie : lire les listes côté employeur

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Métiers en pénurie en Belgique : lire les listes régionales pour recruter autrement

Dernière mise à jour : Septembre 2026

Résumé de l'expert

Les métiers en pénurie ne font l'objet d'aucune liste belge unique : le Forem en recense 144 pour 2026, Actiris 103, le VDAB 227, et la Communauté germanophone tient la sienne. Ces chiffres ne s'additionnent pas. Méthodes, nomenclatures et calendriers diffèrent, et la Wallonie a changé la sienne cette année.

Sommaire

Chaque été, les services publics de l'emploi publient leur relevé et la presse en tire un classement. Le lecteur visé est presque toujours le candidat. Pour une direction qui recrute, la question utile est différente : ce que la liste mesure, et ce qu'elle change concrètement dans un dossier d'embauche.

Que mesure exactement une liste de métiers en pénurie ?

Une liste de métiers en pénurie mesure une difficulté de recrutement déclarée et observée, pas un déficit de main-d'œuvre au sens strict. Le Forem définit le métier en pénurie comme « une profession pour laquelle les besoins de recrutement des employeurs ne sont pas pleinement satisfaits » [2]. Les causes qu'il retient sont multiples : manque de candidatures, inadéquation de profil, conditions de travail jugées peu attractives, ou déficit d'image [2].

Cette définition a une conséquence directe pour un employeur. Un métier peut figurer sur la liste parce que les candidats existent mais ne postulent pas, et non parce qu'ils n'existent pas. Le VDAB le dit dans les mêmes termes : « er is vaak een mismatch tussen de beschikbare kandidaten en de profielen die gezocht worden door werkgevers » [5].

L'emploi et la formation relèvent des Régions et des Communautés, et chacune publie son propre relevé. Quatre autorités le font : le Forem pour la Wallonie, Actiris et son observatoire view.brussels pour Bruxelles, le VDAB pour la Flandre, et l'Arbeitsamt pour la Communauté germanophone [1][3][5][10]. Les quatre relevés ne se recoupent ni dans leur périmètre, ni dans leur nomenclature, ni dans leur calendrier.

Pourquoi la liste wallonne 2026 n'est plus comparable à 2025 ?

Parce que le Forem a changé de méthode, de nomenclature et d'indicateur la même année. La liste 2026 compte 144 métiers, hors enseignement, et a été publiée le 1er juillet 2026 [1]. L'institution le reconnaît elle-même : ces adaptations « limitent toutefois la comparabilité directe avec la liste établie pour 2025 » [2].

Le changement de fond est l'abandon de la distinction binaire au profit d'un indice de criticité globale, compris entre 0 et 1. La règle d'entrée est explicite : « un métier est identifié comme étant en pénurie lorsque son indice de criticité globale est supérieur ou égal à 0,5 » [2]. Plus l'indice approche de 1, plus la tension est intense.

Cet indice agrège trois critères statistiques [2] :

  1. L'indice de difficulté, qui rapporte les projets de recrutement anticipés jugés difficiles au total des projets anticipés pour le métier.
  2. L'indice d'intensité de recrutement, qui combine le nombre d'entreprises en demande et le volume de recrutements envisagés.
  3. L'indice de tension, qui rapporte les projets de recrutement anticipés au nombre moyen de chercheurs d'emploi positionnés sur le métier en 2025.

La base de calcul a elle aussi changé. Elle repose désormais sur une enquête sur les besoins de main-d'œuvre menée auprès des employeurs wallons entre octobre et décembre 2025, complétée par une consultation d'experts sectoriels puis des fonds sectoriels de formation [2]. Résultat mécanique : 75 métiers sont communs aux deux millésimes, 69 entrent pour la première fois [2]. Lire cette progression comme une aggravation de la pénurie serait une erreur de lecture.

Comment Bruxelles, la Flandre et l'Est du pays construisent-ils la leur ?

Chacun applique sa propre règle de sélection, et aucune ne ressemble à celle du Forem. Actiris a publié le 1er juillet 2026 une liste de 103 métiers définis comme fonctions critiques en Région de Bruxelles-Capitale [3]. Le filtre d'entrée y est statistique et volumétrique : l'analyse ne porte que sur les fonctions « pour lesquelles Actiris a reçu un minimum de 20 offres d'emploi durant l'année de référence » [4]. Un métier rare à Bruxelles peut donc rester invisible, faute d'offres déposées chez l'opérateur public.

Le VDAB compte 227 knelpuntberoepen pour 2026 [5]. Sa méthode combine deux piliers : une analyse quantitative de ses propres données de vacatures et de demandeurs d'emploi, et une enquête qualitative auprès de ses experts et des organisations sectorielles [5]. La Communauté germanophone, enfin, dispose d'une liste distincte, arrêtée en juin 2025 et valable pour 2025-2026, avec sa propre codification par familles de métiers [10].

Autorité Intitulé Millésime 2026 Filtre d'entrée Publication
Le Forem (Wallonie) Métiers en pénurie 144, hors enseignement [1] Indice de criticité ≥ 0,5 [2] 1er juillet 2026 [1]
Actiris / view.brussels Fonctions critiques 103 [3] Minimum 20 offres reçues sur l'année de référence [4] 1er juillet 2026 [3]
VDAB (Flandre) Knelpuntberoepen 227 [5] Analyse quantitative et enquête qualitative [5] Annuelle [5]
Arbeitsamt (Communauté germanophone) Mangelberufe Liste 2025-2026 [10] Nomenclature propre par familles [10] Juin 2025 [10]

Une nuance bruxelloise mérite l'attention d'un employeur : view.brussels distingue la fonction critique structurelle, définie comme un métier « apparu en tension de recrutement à plusieurs reprises au cours des cinq dernières années » [4]. C'est l'information la plus opérationnelle du document, parce qu'elle sépare un accident conjoncturel d'un problème d'attractivité durable.

Que déclenche réellement l'inscription d'un métier pour un employeur ?

Elle ouvre un accès facilité à la main-d'œuvre étrangère, et presque rien d'autre côté employeur. En Wallonie, le permis unique ne renvoie pas à la liste du Forem mais à une liste dédiée, publiée par le service public de Wallonie et valable entre le 1er octobre 2025 et le 30 septembre 2026 [7]. Deux listes wallonnes coexistent donc, avec deux calendriers distincts.

L'examen du marché de l'emploi n'est pas supprimé pour autant. La présence de la fonction sur cette liste vaut comme une des preuves acceptées, au même titre qu'une attestation du Forem constatant l'échec d'une offre publiée pendant cinq semaines au moins [8]. Le revenu minimum mensuel moyen garanti fixé par la convention collective n° 43 du Conseil national du travail doit être atteint quel que soit le régime de travail [8]. À Bruxelles, la logique est identique : la liste facilite « l'accès au marché du travail bruxellois pour les profils étrangers qualifiés dans une fonction en pénurie » [6].

Sur le terrain des cotisations, la confusion est fréquente et coûteuse. Les instructions de l'ONSS distinguent la réduction structurelle des réductions groupes cibles, dont plusieurs existent en versions séparées pour la Région wallonne, la Région flamande, Bruxelles et la Communauté germanophone [11]. Ces réductions s'attachent à une caractéristique du travailleur ou de l'employeur, l'âge ou la durée d'inoccupation par exemple, et non au métier exercé [11]. La liste des métiers en pénurie n'y figure à aucun endroit comme critère.

Les avantages que le Forem attache à sa liste s'adressent d'ailleurs au chercheur d'emploi, pas à l'entreprise. Il permet, pour certains métiers et sous conditions, une dispense des obligations de recherche active d'emploi pendant une formation de plein exercice [13]. En Flandre, la prime liée aux formations en knelpuntberoep a été fermée : « de knelpuntpremie was een tijdelijke maatregel tot 31 oktober 2024 » [12].

Les listes disent-elles la même chose que la tension mesurée ?

Non, et l'écart est instructif. Au deuxième trimestre 2026, la Belgique comptait 133 881 postes vacants pour un taux d'emplois vacants de 3,26 %, en recul par rapport au trimestre précédent [9]. Les listes régionales, elles, se sont étoffées ou maintenues.

La ventilation régionale de Statbel complique encore la lecture nationale. Le taux atteint 3,65 % en Flandre, 2,73 % en Wallonie et 2,66 % à Bruxelles au deuxième trimestre 2026 [9]. La Région qui affiche le plus de métiers en tension n'est donc pas mécaniquement celle où la vacance est la plus forte, parce que les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose. L'horeca culmine à 6,45 %, le non marchand reste à 2,15 % [9].

Pour une direction, la conclusion pratique est simple. Une liste de pénurie est un signal sectoriel utile pour anticiper une difficulté, pas une mesure de la rareté réelle sur un bassin d'emploi donné.

Ce que la liste suggère de changer dans un recrutement

Elle invite surtout à déplacer le curseur du sourcing vers les conditions du poste. Le Forem identifie explicitement les conditions de travail jugées peu attractives et le déficit d'image parmi les causes de la pénurie [2]. Le salaire reste le levier le plus direct, mais il est encadré depuis juin 2026, puisque l'indexation plafonnée limite la marge de manœuvre des employeurs belges.

Trois pistes ressortent des analyses publiques :

  • Élargir le profil plutôt que le cloner. L'exercice d'une grande partie des métiers en pénurie wallons ne requiert pas de diplôme de l'enseignement supérieur [2].
  • Utiliser l'offre de formation existante. Le Forem propose 398 formations, dont 82 métiers en pénurie couverts, soit 57 % de la liste 2026 [2].
  • Anticiper la sortie démographique. L'analyse wallonne identifie les métiers en pénurie dont plus d'un tiers des travailleurs ont 50 ans et plus, parmi lesquels le conducteur de poids lourds, le chef de chantier et l'aide familiale [2].

La concentration sectorielle donne le dernier repère. En Wallonie, la construction pèse 38 métiers de la liste, dont 19 nouveaux, l'industrie technologique et la santé en comptent 19 chacune, et ces trois domaines réunissent 53 % des difficultés de recrutement identifiées [2]. Une entreprise qui recrute hors de ces secteurs a statistiquement plus de latitude qu'elle ne le croit.

Note de la rédaction

Toute aide, prime, subvention ou incitant fiscal est présenté avec ses conditions d'éligibilité, la région ou l'autorité compétente et sa date de validité, avec un renvoi à la source officielle. Un dispositif n'est jamais présenté comme automatique, universel ou définitivement acquis.

Sources et Références

  1. Le Forem : 144 métiers repris dans la liste des métiers en pénurie en Wallonie
  2. Le Forem : Métiers en pénurie en Wallonie, liste 2026, difficultés et opportunités de recrutement
  3. Actiris : Quels sont les 103 métiers qui recrutent à Bruxelles ?
  4. view.brussels : Liste des fonctions critiques en Région bruxelloise, édition 2026
  5. VDAB : Knelpuntberoepenlijst
  6. Bruxelles Économie et Emploi : Nouvelle liste des professions en pénurie
  7. Service public de Wallonie Emploi : Liste des métiers en pénurie pour les travailleurs étrangers
  8. Service public de Wallonie Emploi : Métiers en pénurie pour travailleurs étrangers, démarches de l'employeur
  9. Statbel : Emplois vacants
  10. Communauté germanophone : Liste der Mangelberufe in der Deutschsprachigen Gemeinschaft, 2025-2026
  11. ONSS : La réduction structurelle et les réductions groupe-cible
  12. VDAB : Knelpuntpremie
  13. Le Forem : Découvrir les métiers en pénurie

Est-ce qu’un métier en pénurie donne droit à une aide à l’embauche ?

Non, pas par le seul fait d’y figurer. Les réductions groupes cibles de l’ONSS s’attachent à une caractéristique du travailleur ou de l’employeur, comme l’âge ou la durée d’inoccupation, et existent en versions séparées selon la Région [11].

Combien de métiers en pénurie compte la Belgique au total ?

La question n’a pas de réponse. Les 144 métiers wallons [1], les 103 fonctions critiques bruxelloises [3] et les 227 knelpuntberoepen flamands [5] reposent sur des méthodes et des nomenclatures différentes, et ne s’additionnent pas.

La liste du Forem sert-elle aussi pour le permis de travail ?

Non. Le permis unique renvoie à une liste distincte, publiée par le service public de Wallonie et valable du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026 [7].

Faut-il encore prouver qu’on n’a trouvé personne sur le marché belge ?

Oui. La présence de la fonction sur la liste des métiers en pénurie constitue une des preuves acceptées, à côté de l’attestation du Forem sur une offre publiée au moins cinq semaines [8].

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