Comment est calculé l'indice santé et pourquoi diffère-t-il de l'inflation ?
Dernière mise à jour : septembre 2026
Réponse rapide
L'indice santé est l'indice des prix à la consommation calculé par Statbel, dont on retire les boissons alcoolisées, le tabac et les carburants hors LPG. Il progresse donc moins vite que l'inflation publiée : 3,44 % contre 3,97 % en août 2026.
Sommaire
- Ce que Statbel retranche pour obtenir l'indice santé
- Pourquoi l'indexation passe-t-elle par une moyenne de quatre mois ?
- Quand l'indice pivot déclenche-t-il une indexation, et pour qui ?
- Quel écart un employeur doit-il budgéter ?
- Note de la rédaction
Ce que Statbel retranche pour obtenir l'indice santé
L'indice santé est un sous-ensemble de l'indice des prix à la consommation, obtenu en écartant trois catégories du panier : les boissons alcoolisées, achetées en magasin ou consommées dans un café, le tabac, et les carburants à l'exception du LPG [1].
Le mécanisme date de janvier 1994 et d'un arrêté royal du 24 décembre 1993 ; sa définition actuelle figure dans la loi du 23 avril 2015 relative à la promotion de l'emploi [1]. La logique de l'époque tenait en une phrase : ce qui est taxé pour des raisons de santé publique, ou ce qui dépend du cours du pétrole, ne doit pas se répercuter automatiquement sur les salaires.
L'effet est mesurable chaque mois. Les deux indices sont publiés ensemble par Statbel, l'avant-dernier jour ouvrable du mois de référence, sur une base 2025 = 100 depuis janvier 2026 [2].
| Indicateur, août 2026 | Niveau | Sur un an |
|---|---|---|
| Indice des prix à la consommation | 104,01 points [2] | 3,97 % [2] |
| Indice santé | 103,49 points [2] | 3,44 % [2] |
| Indice santé lissé | 100,94 points [2] | référence de l'indexation [1] |
Un écart de 0,53 point de pourcentage sur un mois paraît anodin. Rapporté à une masse salariale annuelle, il ne l'est plus.
Pourquoi l'indexation passe-t-elle par une moyenne de quatre mois ?
Parce que l'indexation ne s'applique pas à l'indice santé brut, mais à l'indice santé lissé, défini comme la valeur moyenne des indices santé des quatre derniers mois [1]. Ce lissage amortit les à-coups : un choc de prix isolé ne déclenche pas à lui seul une adaptation des rémunérations.
À cette moyenne s'ajoute un facteur oublié. Depuis le saut d'index de 2015, l'indice de référence correspond à la moyenne arithmétique des indices santé de quatre mois consécutifs diminuée de 2 %, au moyen d'une multiplication par 0,98 [6]. Le SPF Emploi date précisément la bascule : en avril 2016, l'index de référence a atteint le niveau de l'indice santé lissé de mars 2015 [6]. Cette non-indexation de 2 % n'est jamais rattrapée par les indexations ultérieures [6].
Pour le seul mois d'août 2026, trois niveaux circulent donc : 104,01, 103,49 et 100,94 [2]. Seul le dernier a un effet sur une fiche de paie.
Quand l'indice pivot déclenche-t-il une indexation, et pour qui ?
L'indexation se déclenche lorsque l'indice santé lissé franchit un seuil appelé indice pivot [1]. Le dernier franchissement est daté : l'indice pivot de 100,28, base 2025, a été dépassé en juin 2026, ce qui a entraîné l'indexation des prestations sociales et des salaires des fonctionnaires en septembre 2026 [4]. Le taux de 2 % n'a toutefois été appliqué qu'à la tranche jusqu'à 2 000 euros bruts par mois pour les prestations sociales, et jusqu'à 4 000 euros bruts par mois pour les salaires des fonctionnaires [4].
Ce calendrier vaut pour le secteur public et les allocations, pas pour le secteur privé. C'est le malentendu le plus fréquent chez les employeurs. Le SPF Emploi est explicite : il n'existe pas de loi belge générale imposant l'indexation automatique de tous les salaires, et les modalités d'adaptation des rémunérations sont fixées dans des conventions collectives de travail sectorielles [5].
Chaque commission paritaire arrête sa propre formule. Depuis 1994, toutes reposent sur l'indice santé et sa moyenne mobile sur quatre mois, mais se répartissent en deux familles [5] :
- Indexation à l'indice pivot sectoriel, avec des sauts de 2 % dans la plupart des secteurs concernés [5]. Le seuil n'est pas celui de la fonction publique : il est propre au secteur.
- Indexation à date fixe, mensuelle, bimestrielle, trimestrielle, quadrimestrielle, semestrielle, ou le plus fréquemment annuelle [5].
Une entreprise ne peut donc pas déduire sa date d'indexation d'une annonce nationale. Elle doit la lire dans la convention de sa commission paritaire. À quoi s'ajoute, depuis juin 2026, le plafonnement de l'indexation calculée sur l'indice santé, qui modifie l'ampleur de l'adaptation sans en changer le déclencheur.
Quel écart un employeur doit-il budgéter ?
Un budget salarial se cale sur la prévision d'indice santé, pas sur l'inflation observée. Dans sa prévision du 1er septembre 2026, le Bureau fédéral du Plan table sur une inflation moyenne de 3,6 % en 2026 et de 3,4 % en 2027, et sur une croissance de l'indice santé de 3,2 % en 2026 et de 3,4 % en 2027 [4].
L'écart se referme en 2027 selon cette projection. Il n'a rien d'une propriété stable : il dépend du comportement des prix de l'énergie et des accises, les postes précisément exclus du panier. Un choc pétrolier le creuse, une détente le comble.
Le même document annonce les seuils suivants : les indices pivots de 102,29 et 104,34, base 2025, seraient dépassés en décembre 2026 et en juillet 2027 [4]. Ces dates sont une prévision révisée chaque mois, pas un calendrier acquis : l'édition de juillet 2026 plaçait ces mêmes seuils en janvier et en décembre 2027.
Pourquoi le chiffre européen donne encore un autre résultat
L'indice des prix à la consommation harmonisé, l'IPCH, est calculé par Statbel lui aussi, mais il ne mesure pas la même chose que l'indice national. Sa pondération repose principalement sur les comptes nationaux, alors que l'IPC se base principalement sur l'enquête sur le budget des ménages [3]. Sa population de référence est plus large : elle inclut les occupants de ménages institutionnels, notamment les maisons de repos, ainsi que les touristes étrangers [3]. Enfin, l'IPCH mesure les dépenses intérieures, là où l'IPC mesure les dépenses nationales [3].
L'IPCH sert à la Banque centrale européenne pour sa politique monétaire, à comparer les taux d'inflation des États membres, et à vérifier le respect des critères d'inflation du Traité [3]. Il n'entre dans aucun calcul d'indexation belge. Trois taux d'inflation peuvent donc être cités le même jour pour la Belgique sans qu'aucun ne soit faux.
Note de la rédaction
Aucun chiffre d'affaires, rendement, valorisation ou prévision n'est publié sans être daté et attribué à une source identifiable : rapport annuel, communiqué officiel, institution publique ou étude nommée. Un montant annoncé par une entreprise reste une déclaration de cette entreprise, pas un fait vérifié.
Les valeurs citées sont celles publiées par Statbel pour août 2026, consultées le 13 septembre 2026 ; elles changent chaque mois. Les franchissements d'indices pivots à venir sont des prévisions du Bureau fédéral du Plan, mises à jour mensuellement.
Sources et Références
- Statbel : Indice santé, définition et mode de calcul
- Statbel : Indice des prix à la consommation, août 2026
- Statbel : Indice des prix à la consommation harmonisé, IPCH
- Bureau fédéral du Plan : Prévisions d'inflation et indice pivot, 1er septembre 2026
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Indexation automatique des salaires
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Saut d'index 2015