Le saut d'index : de quoi parle-t-on exactement ?
Dernière mise à jour : Septembre 2026
Réponse rapide
Un saut d'index consiste à sauter une indexation de 2 %. Il ne s'obtient pas en réécrivant les conventions sectorielles : en 2015, le législateur belge a bloqué l'indice santé lissé, puis lui a appliqué un coefficient 0,98 devenu permanent [1][3].
Sommaire
- Comment un saut d'index est-il techniquement réalisé ?
- Saut d'index, blocage et plafonnement : trois mesures différentes
- Qui perd et qui est épargné ?
- Qu'a produit le saut d'index de 2015 ?
- Que faut-il surveiller d'ici fin 2026 ?
- Note de la rédaction
Comment un saut d'index est-il techniquement réalisé ?
Par le blocage de l'indice de référence, et non par une réécriture des conventions collectives. Aucune loi belge n'impose d'indexer les salaires du secteur privé : l'obligation et le mode de calcul sont fixés par des conventions sectorielles, négociées en commission paritaire [2]. Dans le secteur public, c'est la loi du 1er mars 1977 qui prévoit l'adaptation automatique [5]. Un gouvernement qui veut retirer 2 % agit donc sur le chiffre que ces conventions désignent.
La loi du 23 avril 2015 concernant la promotion de l'emploi porte d'ailleurs un intitulé sans ambiguïté : « Blocage de l'indice santé lissé » [3]. Son article 2ter gèle l'indice santé lissé au niveau de mars 2015 à partir d'avril 2015. Son article 2 crée en parallèle un « indice de référence », égal à la moyenne arithmétique des quatre derniers indices santé multipliée par un facteur 0,98. Le gel s'arrête au « mois de référence », premier mois où cet indice de référence dépasse le lissé de mars 2015. Ce fut avril 2016 [1].
Le point décisif est ailleurs, à l'article 2quater de la loi [3]. À partir du mois de référence, l'indice santé lissé lui-même se calcule en multipliant la moyenne des quatre derniers mois par 0,98, « et cela sans effet rétroactif ». Le coefficient ne disparaît pas avec le déblocage : il entre dans la définition de l'indice. C'est ce qui fait du saut un effet de niveau définitif et non un décalage d'un mois.
L'arithmétique est vérifiable sur les chiffres du mois. Les indices santé de mai à août 2026 valent 102,69, 102,59, 103,24 et 103,49 (base 2025). Leur moyenne atteint 103,00. Multipliée par 0,98, elle donne exactement l'indice santé lissé publié pour août 2026, soit 100,94 [4]. Sans le coefficient hérité de 2015, la référence de l'indexation serait 103,00. L'écart de 2,06 points est le saut d'avril 2015, onze ans plus tard.
Pour un salaire brut de 3 000 euros, cet écart vaut 60 euros par mois. Il vaudra 72 euros quand ce salaire atteindra 3 600 euros : la perte suit le salaire au lieu de s'effacer.
Saut d'index, blocage et plafonnement : trois mesures différentes
Trois leviers distincts, dont un seul retire une indexation entière à tout le monde.
| Mesure | Ce qu'elle fait | Effet dans le temps |
|---|---|---|
| Saut d'index | Une indexation de 2 % n'est pas appliquée, sur tous les revenus visés | Permanent, jamais rattrapé par les indexations suivantes [1] |
| Blocage de l'indice | Gèle l'indice de référence jusqu'à ce qu'un seuil soit atteint | Vecteur technique : c'est ainsi que le saut de 2015 a été exécuté [3] |
| Plafonnement (indexation en centimes) | Limite l'indexation à 2 % sur un salaire de référence plafonné à 4 000 euros | Les mécanismes reprennent leur cours une fois l'effet atteint [6][7] |
La mesure entrée en vigueur le 1er juin 2026 relève de la troisième colonne, pas de la première. L'ONSS la qualifie de « limitation temporaire de l'ajustement des salaires », appliquée deux fois, en 2026 puis en 2028 [7]. Elle laisse intacte l'indexation sous le seuil, là où un saut d'index frappe uniformément. Le détail du calcul et de la cotisation patronale figure dans notre analyse de la modération salariale par indexation plafonnée.
Qui perd et qui est épargné ?
Les revenus du travail et les allocations sociales sont touchés, les loyers ne le sont pas.
L'article 3bis de la loi de 2015 impose de tenir compte de l'indice santé lissé « dans toutes les dispositions légales et réglementaires, dans toutes les dispositions figurant dans les conventions individuelles et collectives de travail » qui lient à un indice des prix des rémunérations, traitements, allocations sociales, sursalaires, primes et indemnités [3]. Le périmètre est celui de la rémunération au sens large. Le SPF Emploi le résume ainsi : le saut s'est appliqué à tous les travailleurs du secteur privé, aux fonctionnaires et aux allocataires sociaux [1].
Les baux sortent du champ. L'indexation d'un loyer se calcule depuis 1994 sur l'indice santé simple, selon la formule « loyer de base x nouvel indice / indice de départ » [8]. Cet indice santé simple ne porte pas le facteur 0,98, qui n'affecte que sa moyenne lissée [3][4]. L'indexation des loyers est en outre une compétence régionale depuis la sixième réforme de l'État [8]. Notre analyse de l'indice santé lissé dont dépend tout saut d'index détaille cette distinction entre les deux indices.
Un garde-fou existait par ailleurs : l'article 3 de la loi de 2015 interdisait toute diminution nominale de salaire pendant la période de blocage [3].
Qu'a produit le saut d'index de 2015 ?
Une baisse durable du coût salarial, un gain d'emploi tardif, et un coût budgétaire les premières années.
La Banque nationale a chiffré la mesure avant son entrée en vigueur, avec son modèle trimestriel. Par rapport à un scénario sans saut, le coût salarial horaire nominal du privé reculait de 0,3 % en 2015, puis de 3,1 % en 2019 [9].
L'inflation était inférieure de 1,1 point en 2019, le revenu disponible réel des particuliers de 1,0 %. L'emploi privé gagnait 4 400 personnes fin 2016, puis 33 300 fin 2019. Le solde public se dégradait de 0,1 point de PIB en 2016 et 2017 avant de gagner 0,2 point en 2019, et la dette montait de 2,2 points de PIB en 2018 [9].
La même institution relevait un point souvent oublié : l'effet cumulé sur les salaires finit par dépasser le choc initial de 2 %, parce que des prix plus bas freinent les indexations ultérieures [9].
Onze ans après, le décor a changé. Le handicap des coûts salariaux depuis 1996 s'établirait à -1,0 % ou -1,1 % à l'horizon 2026 selon le rapport technique du Conseil central de l'économie [10]. L'écart de coût avec l'Allemagne, la France et les Pays-Bas joue désormais en faveur de la Belgique.
Que faut-il surveiller d'ici fin 2026 ?
Trois échéances, dont une porte sur l'avenir même de l'indexation automatique.
- Le Conseil national du travail et le Conseil central de l'économie doivent remettre au gouvernement, pour le 31 décembre 2026, un avis sur la réforme de la loi sur les salaires et du système d'indexation automatique [6].
- La deuxième période de modération s'ouvre le 1er janvier 2028, avec un seuil de 4 000 euros indexé une fois [6][7].
- La cotisation de modération salariale consolidée sera perçue pour la première fois au troisième trimestre 2027 selon l'ONSS, ses modalités restant à fixer par arrêté royal [6].
Les deux Conseils ont rendu le 31 mars 2026 un avis conjoint très critique, jugeant le dispositif « très complexe » et adossé à un cadre budgétaire insuffisamment défini [6]. Ils relèvent que le mécanisme retenu s'inspire du secteur public, alors que les modalités d'indexation varient d'une commission paritaire à l'autre [6].
Pour un employeur, la première vérification n'est donc pas politique mais administrative : savoir de quelle commission paritaire relève chaque catégorie de personnel. Le coût d'ensemble se lit, lui, dans la comparaison du coût du travail belge avec celui des pays voisins.
Note de la rédaction
Aucun chiffre d'affaires, rendement, valorisation ou prévision n'est publié sans être daté et attribué à une source identifiable : rapport annuel, communiqué officiel, institution publique ou étude nommée. Un montant annoncé par une entreprise reste une déclaration de cette entreprise, pas un fait vérifié.
Les indices cités sont ceux publiés par le Bureau fédéral du Plan le 1er septembre 2026 et révisés chaque mois. Le tableau d'impact de la Banque nationale est une simulation de décembre 2014, établie avant l'entrée en vigueur de la mesure, et non une mesure ex post. Cet article ne constitue pas un conseil juridique ou social individualisé.
Sources et Références
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Saut d'index 2015
- SPF Emploi, Travail et Concertation sociale : Indexation automatique des salaires
- Moniteur belge, Justel : Loi du 23 avril 2015 concernant la promotion de l'emploi
- Bureau fédéral du Plan : Prévisions d'inflation et indice pivot, 1er septembre 2026
- Conseil central de l'économie : Indexation, quelques clés pour mieux comprendre, janvier 2010
- Conseil national du travail et Conseil central de l'économie : Avis n° 2.484 du 31 mars 2026, mesures relatives à l'index
- ONSS : Cotisation spéciale de modération salariale, index centime
- Statbel : Calculateur de loyer et indexation des baux
- Banque nationale de Belgique : Revue économique, décembre 2014, projections économiques d'automne
- Conseil central de l'économie : Rapport technique du secrétariat sur les marges maximales disponibles 2025